« La transidentité a toujours existé »

Longtemps invisibilisée, la transidentité est aujourd’hui une réalité bien présente dans notre société. Mais entre résistances, a priori et souffrances, il reste difficile pour les personnes concernées et pour leurs proches de trouver des réponses et un épanouissement. Au Centre neuchâtelois de psychiatrie, Amandine Friedmann, psychologue-psychothérapeute et sexologue, les accompagne sur ce chemin difficile.

Les questions de genre et de transidentité se retrouvent aujourd’hui à la une des médias, dans les débats politiques ou encore dans les discussions entre amis ou en famille. Un sujet souvent émotionnel, reflet d’un mal-être et d’une recherche de reconnaissance d’un côté, d’incompréhension et de résistances de l’autre. Le dialogue peut alors être difficile pour les personnes trans et leur entourage, d’autant plus que de nombreux a priori circulent sur ce sujet.

Si ces questions de genre peuvent apparaitre comme un phénomène récent ou un effet de mode pour une partie de la population, il n’en est rien. C’est son apparition dans le débat public qui est nouveau : “La transidentité a toujours existé, mais elle a été invisibilisée pendant très longtemps”, explique Amandine Friedmann, psychologue-psychothérapeute et sexologue au Centre neuchâtelois de psychiatrie. Formée aux questions de transidentité, elle reçoit régulièrement des personnes trans et leurs proches dans sa consultation.

La transidentité n’est pas une pathologie

Il n’y a pas encore si longtemps, la transidentité était traitée comme une pathologie dans le monde de la psychiatrie. Une approche aujourd’hui révolue. “Se questionner ou transitionner ne tient pas d’une maladie, il s’agit d’autodétermination. Autrement dit, la personne affirme son identité propre, c’est un processus sain.”

S’il n’y a pas d’étude chiffrée sur la transidentité réalisée en Suisse, l’organisation Santé sexuelle suisse s’appuie sur des études internationales et estime qu’environ 0,5% à 3% des personnes sont trans. Parmi elles, jusqu’à 60% sont non-binaires.

Dans sa consultation, Amandine Friedmann accompagne les personnes qui se questionnent sur leur genre afin de leur offrir des ressources et des informations à jour sur le sujet, sans jugement. “L’objectif est de leur donner les clés qui leur permettent de continuer sur une voie qui les épanouit. Il n’y a pas de règle dans la transition: il est possible de ne pas dépasser le stade du questionnement, ou de transitionner socialement et de s’arrêter là, sans prise de médicament ou d’intervention chirurgicale. D’autres personnes voudront prendre des hormones et d’autres auront besoin de passer par la chirurgie pour enfin se sentir en accord avec leur genre.”

Un chemin difficile vers l’épanouissement à cause du regard des autres

Trouver l’épanouissement pour les personnes trans reste toutefois un chemin semé d’embûches face à une société qui s’est construite socialement sur des bases très genrées. “La remise en question de ce modèle demande un effort énorme, car cela ébranle les piliers sur lesquels on a longtemps fondé notre pensée. Cela entraîne naturellement des résistances », souligne Amandine Friedmann.

Des résistances que les personnes trans peuvent aussi rencontrer dans le domaine médical. “Certain·e·s professionnel·le·s de la santé mentale peuvent avoir des réticences face à ces questions. C’est tout à fait acceptable d’avoir ses propres limites. Dans ces cas-là, il est préférable de référer la personne qui consulte à un confrère ou une consœur.”

Dans leur consultation de sexologie, Amandine Friedmann et Marianela Leitenberg, infirmière au RHNe, ont à cœur de partager les bonnes pratiques liées au genre. “Il est important que les personnes concernées, les proches, mais aussi les professionnel·le·s de santé puissent trouver des informations et un soutien face à leurs questions. C’est un pas important vers la déstigmatisation des personnes trans.”

Liens utiles

Plus d’informations et le contact de la consultation de sexologie du CNP

L’association « Le Refuge » de Neuchâtel

L’association « Queer Neuch »

La Fondation Agnodice

Le checkpoint Profa

A lire

« Transidentité : les clés pour comprendre » d’Aline Alzetta-Tatone, éditions In Press Eds, 2022

« Jeunes trans et non-binaires » d’Annie Pullen Sansfaçon et Denise Medico, éditions du Remue-Ménage, 2021

« Camille aux papillons » de Mary Wenker et Amélie Burri, éditions LEP, 2021

« Appelez-moi Nathan » de Catherine Castro et Quentin Zuttion, Payot, 2018

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